



Le pain d'épice de Dijon

La friandise au sucre d'abeilles.
C'est en l'an de grâce 1452 que le duc de Bourgogne Philippe III le Bon déguste avec
délice une galette au sucre d'abeilles à Courtrai. De cette tournée dans la Flandre,
le duc veut ramener un souvenir heureux : ainsi débarque à Dijon l'habile artisan
qui savait cuire de si bonnes galettes.
En fait, l'histoire du pain d'épice ne commence
ni en Flandre ni en Bourgogne. Il semble trouver ses origines en Chine, où, consommé
au Xème siècle, il porte le nom de Mi-
On le
cuit au four, mais c'est un aliment de base salé et non une douceur.
On retrouve le
pain d'épice au XIIIe siècle dans les rations de route des cavaliers de Gengis Khan.
Sans doute a-
Parallèlement, les Grecs
connaissaient le melitounta, une pâtisserie à base de farine de sésame, parfois enrichie
d'œufs ou de fromage, et enduite de miel après cuisson. Les Romains, inspirés des
Grecs, reprirent la recette à leur compte sous l'appellation de panis melitus, panis
nauticus ou panis Alexandrinus : la pâte était frite puis arrosée de miel.
Au Moyen
Age, les pains d'épiciers formèrent une corporation et le pain d'épice devint une
friandise populaire. A Paris, Henri IV accorda des statuts à la corporation dès février
1596. Le postulant «pain d'épicier» devait avoir au moins vingt ans et avoir suivi
quatre années d'apprentissage dans une ville du royaume. Ses études étaient sanctionnées
par la réalisation d'un chef-
Reims se spécialise
dans l'artisanat du pain d'épice, à tel point qu'on appelle les Rémois par le sobriquet
de «mangeurs de pains d'épice». La production rémoise s'écoulait lors des foires
: Châlons, Soissons, Troyes, Laon, Vitry, et, à l'occasion de pèlerinages, jusqu'à
la Révolution de 1789.
La première mention de pain d'épice de Bourgogne se retrouve
sur un cahier de doléances de 1702 où les maîtres pâtissiers de Dijon se plaignent
que les habitants de la ville et des villages voisins «font gâteaux, tartes et pains
d'épice et autres pâtisseries pour les vendre dans les rues et aux portes de la ville».
Le premier pain d'épicier de la ville voit son nom inscrit dans les rôles des tailles
en 1711 : Bonaventure Pellerin, vendeur de pain d'épice et «cabaretier», rue Saint-
Jusqu'au début de la seconde Guerre mondiale, on dénombre à
Dijon huit à dix fabricants comptant jusqu'à cent employés dans les grandes maisons
:Michelin, Guilleminot, Philbée... Après la guerre, les fabriques disparaissent sous
leur aspect artisanal, trop exigeant et trop coûteux. Seules quelques maisons perpétuent
la tradition, offrant un produit d'excellente qualité qui n'a de point commun...
que le nom avec les tonnes de paquets insipides et spongieux trop souvent proposés
à la clientèle.
Chaque ville a sa recette, chaque fabricant détient son secret, mais,
en gros, on retrouvera toujours dans le pain d'épice de Dijon : de la farine de froment,
contrairement à Reims qui utilisait de la farine de seigle ; des matières sucrantes
seules ou en mélange ; des épices (anis, cannelle, muscade, gingembre, girofle...,
hélas ! de moins en moins employés au profit d'arômes synthétiques) ; parfois des
jaunes d'œufs pour renforcer la solidité de la mie ; des produits levants (bicarbonate
de soude et carbonate d'ammoniaque) pour alvéoler la pâte et renforcer l'arôme -
La fabrication
d'un pain d'épice commence par la préparation de la pâte mère, mélange de farine
avec les matières sucrantes chauffées. Après un pétrissage d'une dizaine de minutes,
la pâte est versée dans de grands bacs, où elle repose environ un mois. Cette maturation
s'opère en atmosphère sèche et fraîche, elle donne un véritable confit de farine.
Les grains d'amidon gonflent et les enzymes de la farine pré digèrent l'amidon.
Vient
ensuite le «braquage», c'est-

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